David Jaclin « Fabriquer du vivant, ressusciter un mammouth » 23 mars – 17h30-19h30

Dans le cadre du séminaire Postanimal, posthumain, postmachine (Org : Dominique Lestel)

La séance du 23 mars (17h30-19h30, 45 rue d’Ulm, salle Pasteur) sera assurée par David Jaclin, professeur

adjoint à l’Ecole d’études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa:

« Fabriquer du vivant, ressusciter un mammouth – quand la biologie
synthétique rêve de pléistocène… »

Dans son dernier livre (Regenesis: How Synthetic Biology Will Reinvent
Nature and Ourselves), le biologiste américain George Church, chef de file
médiatisé et tout entier investi dans ce que l’on appelle désormais la
dés-extinction animale (de-extinction), décrit les efforts de son
laboratoire comme ceux d’un véritable voyage dans le temps*.

Son idée : ressusciter le légendaire Mammouth… Puis, une fois ressuscité,
le réintroduire en Sibérie, dans un parc spécialement conçu (Pleistocene
Park). Espace privatisé où la chimère pourrait, après un long sommeil
géologique, poursuivre son évolution – sous le regard notamment de
visiteurs privilégiés, potentiellement chasseurs qui, triés sur le volet,
embarqueraient pour un safari dernier cri.

Si les effets d’annonce à ce sujet se multiplient, si les promesses
semblent non seulement inquiéter mais fasciner, ces entreprises à la fois
scientifiques, politiques et culturelles reste hautement problématiques. À
l’heure de ce qu’Elizabeth Kolbert nomme la 6ème extinction, les projets
de la biologie synthétique posent plusieurs questions; des questions de
surface (est-ce souhaitable de ressuciter des espèces disparues alors que
tant d’autres restent à sauver ?), mais aussi des questions de fond
(qu’est-ce qu’un corps animal – fut-il ressuscité, menacé ou bien encore
trafiqué? qu’est-ce qu’un écosystème, une espèce, un individu? et
qu’est-ce alors qu’une vie partagée?).

Dans cette présentation, je reviendrai plus spécifiquement sur la question
de la faisabilité anthropo-technique d’un tel projet, sur les sources de
financements économiques et idéologiques qui l’alimente aujourd’hui et sur
les liens qui existent entre le façonnage biopolitque d’une faune
mythologisée et la conservation étho-ethnologique d’une biodiversité
menacée. Je me demanderai aussi ce que la République de Yakoutie et ses
habitants pensent de ce « parc » et de leur expropriation conséquente. Je
me demanderai alors ce que « ressusciter » un mammouth implique
effectivement d’animaux (puisqu’il faudrait ainsi plusieurs dizaines
d’éléphants à inséminer pour qu’un mammouth naisse effectivement) et
d’animalité (quelle plasticité pour ce vivant trafiqué?). Enfin, je me
demanderai ce que ce postanimal fantasmé (dans le cas du mammouth, une
postmachine génétique de plus concrètes) nous apprend d’une époque
troublée où les relations humanimales restent centrales au développement
des sociétés humaines, mais où le prix et la place donnés à une chimère
technico-scientifique, dit beaucoup de la valeur octroyée à une
biodiversité ainsi commercialisable (green capitalism).

C’est donc une anthropologie de l’animal (dé/re)vitalisé que je proposerai
et que j’inviterai les participants à (re)penser.

“It would be the closest thing to time travel: a return to the flora and
fauna of the Pleistocene epoch, a sort of latter-day Siberian Eden.”

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