Transfert de matières, transplantation et fabrication du vivant : colloque interdisciplinaire les 21 et 22 Novembre à Paris

Transfert de matières, transplantation et fabrication du vivant

Organisateurs : Ludovic Jullien, Marie Le Clainche – Piel, Perig Pitrou, Catherine Rémy

Les 21 et 22 Novembre 2014

Grand Amphithéâtre, Université Paris Descartes, 12 Rue de l’École de Médecine, 75006 Paris : [plan d’accès]

Ouvert à tous et gratuit, sur inscription : Cliquez ici pour remplir le formulaire d’inscription

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Les êtres vivants constituent des organisations singulières de la matière. A l’échelle de l’individu, ils possèdent une certaine autonomie qui leur permet de s’auto-réparer, de se régénérer. Pour autant, à l’échelle des populations, ces systèmes sont aussi doués de plasticité comme l’illustre le processus d’évolution qui s’interprète comme du bricolage (F. Jacob, 1981 ; Le jeu des possibles. Essai sur la diversité du vivant. Fayard, Paris) : de nouvelles espèces apparaissent constamment à l’issue d’assemblages aléatoires récupérant et intégrant des éléments étrangers (M. W. Kirschner, J. C. Gerhart, 2005 ; The Plausibility of Life, Resolving Darwin’s Dilemma, Yale University Press).

Assemblages, bricolages sont donc des processus inhérents à l’existence des êtres vivants. La science et les techniques médicales se sont développées dans la lignée de cette configuration. La transplantation d’organes en est l’un des exemples le plus paradigmatique. Conséquence de la médecine des organes et de l’établissement d’une relation causale entre un organisme vivant déficient et une maladie, des chirurgiens prélèvent depuis le XIXème siècle des morceaux ou matières étrangères en vue du rétablissement des fonctions associées (T. Schlich, 2010). La transplantation d’organes est régulièrement décrite comme l’un des grands miracles de la science moderne. Si cette perception des greffes comme miraculeuse apparaît justifiée, elle a néanmoins pour effet négatif de masquer les divers problèmes soulevés par cette technique médicale pour les êtres prélevés, transplantés, et ceux qui les entourent (L. Sharp, 2006 ; M. Lock, 2001). Cette focalisation sur la performance technique de la greffe d’organes a également une seconde conséquence fâcheuse : elle fait oublier le lien entre ce procédé et le bricolage inhérent au vivant et occulte tout un ensemble de pratiques de transfert de matières, provenant d’humains mais aussi de non-humains, qui contribuent depuis plusieurs siècles au soin mais aussi à la fabrication des existants. C’est à partir de ce constat qu’est née l’idée de cette conférence.

Il s’agira en quelque sorte de remettre la transplantation d’organes « à sa place », c’est-à-dire au côté d’un ensemble de pratiques hétéroclites de transferts et de bricolages de matières entre les vivants. La liste des « intrus » s’en trouve ainsi considérablement enrichie. Des bactéries ou cellules souches, en passant par du sang ou des organes d’animaux, ou bien encore par des morceaux d’humains inhabituels comme le visage, l’objectif de cette conférence est de dresser un panorama des transferts de matières qui sont réalisés en contexte de recherche ou en milieu médical afin d’en cerner la diversité et la complexité socio-technique (M. Akrich, M. Callon, B. Latour, 2006). Au-delà de la monstration, la visée est également comparative : quelles sont les similitudes et divergences qui apparaissent entre ces diverses innovations et leur mise en œuvre effective? Qu’en est-il de l’identité des êtres humains qui reçoivent ces transferts ? Quel est leur impact sur les théories des composantes de la personne ? Comment interagissent les niveaux chimiques, physiologiques, organiques, psychologiques et sociaux ? À travers ce jeu d’échelles et de matières, la visée est de mieux comprendre l’impact qu’ont eu et que continuent à avoir le transfert et la transplantation de matières sur la fabrication des vivants.

Bibliographie :

    • Akrich, M., Callon, M., Latour, B., 2006, Sociologie de la traduction : Textes fondateurs, Paris, Presses de l’Ecole des Mines
    • Jacob, F., 1981, Le jeu des possibles. Essai sur la diversité du vivant, Fayard, Paris
    • Kirschner, MW., Gerhart, JC., 2005, The Plausibility of Life, Resolving Darwin’s Dilemma, Yale University Press
    • Lock,  M.,  2002, Twice Dead: Organ Transplants and the Reinvention of Death. Berkeley, University of California Press
    • Schlich, T., 2010, The Origins of Organ Transplantation. Surgery and laboratory science. 1880 – 1930, University of Rochester Press

21 Novembre 2014

9h Accueil des participant.e.s

9h20 Introduction par les organisateurs

ATELIER 1 Jeux de matières et d’échelle : des transferts insolites

Présidente de séance : Catherine Rémy

9h30 Conférence introductive d’Alain Prochiantz (Collège de France, Paris) – Individuation permanente

10h15 Jérôme Larghero (Université Paris Diderot, Paris) – Médecine régénératrice : exemple de la thérapie cellulaire cardiaque

11h15 Philippe Seksik (UPMC, Paris) – Transplantation de microbiote fécal (TMF)

11h45 Discussion Andreas Mayer (CNRS)

12h15 Buffet-Déjeuner

ATELIER 2 – Artefact, Animal, Humain : transferts et frontières d’humanité

Président de séance : Ludovic Jullien

13h30 Conférence introductive de Christian Baudelot (ENS, Paris) – Transplantation rénale avec donneur vivant : une mutualisation plus qu’un don

14h15 Yosuke Shimazono (Osaka University, Osaka) – Kidneys as contested commodities: An anthropological study on kidney donation in the Philippines

15h15 Catherine Rémy (CNRS, Paris) – La xénogreffe et la question de l’hybridité homme-animal

15h45 Marie Le Clainche-Piel (EHESS, Paris)  – S’engager dans la réparation de son visage : de l’enjeu de singularité à celui du retour aux collectifs

16h15 Bernard Devauchelle (Service de Chirurgie Maxillo-Faciale, CHU d’Amiens, Institut Faire Face) et Sophie Cremades (Psychiatrie de liaison, CHU d’Amiens, Institut Faire Face) – Défiguration – Refiguration – Identité

17h00 Discussion Marie Gaille (Université Paris Diderot, Paris)

22 Novembre 2014

9h Accueil des participant.e.s

ATELIER 3 – Transculturel autour du transfert de matières Président de séance : Perig Pitrou

9h30 Visite du musée d’Histoire de la Médecine

10h30 Conférence introductive de Maylis de Kerangal – La fiction comme organisme et écosystème. Remarques sur la fabrication du vivant

11h15 Florence Paterson (Mines ParisTech, Paris) – Faire circuler des organes : regard sur deux modalités de régulation des organes en France

11h45 Discussion

12h15 Buffet-Déjeuner

13h30 Charlotte Ikels (Case Western Reserve University, Cleveland) – Organ Transplantation in China : The Roles of Culture and Politics

14h00 Lawrence Cohen (Berkeley University, Berkeley)  – About organ transplantation in India

14h30 Discussion Julie Noack (ENS, Lyon)

15h00 Conférence de clôture de Simone Bateman (CNRS, Paris) – L’Essai sur le don de Marcel Mauss est-il toujours d’actualité? Transfert de matières humaines pour la recherche : le cas particulier des tissus résiduels

Cette annonce est référencée sur Calenda à l’adresse suivante : http://calenda.org/303947 Conference : « Material transfer, transplantation and manufacturing of the living »

Organizers: Ludovic Jullien, Marie Le Clainche – Piel, Perig Pitrou, Catherine Rémy

On 21 and 22 November 2014 Grand Amphithéâtre, Université Paris Descartes 12 rue de l’École de Médecine, 75006 Paris : [on Google Maps]

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Living beings are unique organizations of matter. At the individual scale, they have a degree of autonomy that allows them to self-repair, to regenerate. At the scale of the population, these systems are endowed with plasticity, as shown in evolutionary “tinkering” (Jacob, 1981) : new species constantly appear following random assemblages that gather and integrate foreign elements (Kirschner, Gerhart, 2005).

Tinkering and assemblage are thus form-giving processes inherent to the existence of living beings. Science and medical techniques have been developed in the lineage of this configuration of the individual and the population, as practices of repair and acts of assemblage. Organ transplantation is perhaps the most paradigmatic example. Since the development of organ medicine in the nineteenth century and the introduction of a causal relation between a deficient organism and a disease, surgeons retrieved and (re)introduced bits of the organism, or foreign materials, for the restoration of associated functions (Schlich, 2010). Organ transplantation is regularly described as one of the great miracles of modern science. Whereas this perception of transplantation as miraculous appears justified, it has also the negative counterpart of masking the various issues raised by this medical technique for those beings harvested, transplanted as well as for those around them (Sharp, 2006 Lock, 2002). This focus on the technical performance of organ transplantation has also a second unfortunate consequence: it covers over the link between this process and the inherent tinkering of the living, Furthermore, a focus on technique masks a set of practices around the transfer of materials from humans and non-humans, practices which have contributed for several centuries to the care as well as to the production of existing beings.

The idea of this conference emerged from this observation. From a certain point of view, it will be about putting organ transplantation « in its place », which is to say, alongside a patchwork of transfers and assorted material practices between living beings. The list of « intruders » is thereby greatly enriched. From bacteria or stem cells through to blood or animal organs, or even unusual parts of the body such as the face, the ambition of this conference is to provide an overview of material transfers that are enacted in the context of research or in the hospital, in order to identify their diversity and socio-technical complexity (Akrich, Callon, Latour, 2006). Beyond such demonstration, the perspective is comparative: what are the similarities and differences that appear between these innovations and their effective implementation? How do chemical, physiological, organic, psychological and social levels interact? What about the identity of human beings who receive these transfers? What is the impact of such transfers on theories of the composition of personhood elaborated by people around the world? Through this set of scales and materials, the aim is to better understand the impact that transfers and transplantations of matter both had and continue to have in the production of the living today.

References :

  • Akrich, M., Callon, M., Latour, B., 2006, Sociologie de la traduction : Textes fondateurs, Paris, Presses de l’Ecole des Mines
  • Jacob, F., 1981, Le jeu des possibles. Essai sur la diversité du vivant, Fayard, Paris
  • Kirschner, MW., Gerhart, JC., 2005, The Plausibility of Life, Resolving Darwin’s Dilemma, Yale University Press
  • Lock,  M.,  2002, Twice Dead: Organ Transplants and the Reinvention of Death. Berkeley, University of California Press
  • Schlich, T., 2010, The Origins of Organ Transplantation. Surgery and laboratory science. 1880 – 1930, University of Rochester Press
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