Agnotologie : Mode d’emploi

Agnotologie: Mode d’emploi

Mathias Girel

« Agnotologie: Mode d’emploi ». Critique. 2013/12 (n° 799)

Il y a quelque chose d’indélicat à s’enquérir de l’ignorance supposée des autres ; à cette indélicatesse peuvent être associés plusieurs profils, tout aussi détestables les uns que les autres. Tout d’abord celui de l’érudit mal élevé qui fait chèrement payer à son entourage la peine qu’il s’est lui-même donnée pour ne pas être ignorant ; personnage redoutable aussi bien quand il feint d’affirmer un truisme (l’odieux « Comme vous le savez,… ») que lorsqu’il semble révéler un secret (l’inquiétant « Savez-vous que ? »). L’ éducateur arrogant, deuxième type de profil possible, pense a priori toute forme de partage de savoir en termes de « déficit » de connaissance, déficit qu’il attribue aux autres – « les masses », « le peuple » ou « le public » – pour justifier une action énergique sur eux ou, mieux, pour gouverner sans eux. Quant au conspirationniste paranoïaque, troisième possibilité, il voit partout les traces d’un complot destiné à dissimuler à la plupart de ses contemporains, sauf à lui-même, les rouages secrets de ce monde. Les uns et les autres partent d’un constat raisonnable et sensé, dont ils ont simplement le tort d’amplifier les termes de façon excessive, jusqu’à en faire des « faussetés monstrueuses

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